Littoral ou intérieur : le microclimat change tout
Prenez deux installations identiques, posez-les à cinquante kilomètres l’une de l’autre, l’une près de la côte, l’autre dans les terres, et regardez-les produire des quantités sensiblement différentes. Les panneaux sont les mêmes. Le ciel au-dessus d’eux, non. La France est un cas d’école sur ce sujet : trois façades maritimes et des massifs montagneux, donc à peu près toutes les situations possibles sur un même territoire.
Le littoral vient avec sa brume
L’air proche de la mer transporte davantage d’humidité et davantage d’aérosols, fines particules de sel et vapeur d’eau qui diffusent la lumière avant qu’elle n’atteigne le sol. Le résultat est une part plus grande de rayonnement diffus et une composante directe plus faible, en particulier lors des journées chaudes et brumeuses. Avec le temps, le sel se dépose aussi sur les modules et ajoute une lente perte par salissure qu’une installation de l’intérieur ne connaît quasiment pas.
Toutes les côtes ne se valent pas pour autant. Sur la Côte d’Azur et en Corse, le mistral et les régimes de nord nettoient régulièrement l’atmosphère et restaurent une transparence remarquable ; sur la façade atlantique, en Bretagne ou en Vendée, l’air humide domine plus souvent et la brume marine s’installe.
Le brouillard et la pénalité du matin
Beaucoup de littoraux se réveillent sous une couche de nuages bas ou de brouillard côtier qui se dissipe au fil de la matinée. Si vous êtes sur la côte atlantique, en Manche ou dans une zone à inversion thermique fréquente, vous pouvez perdre régulièrement une part de votre production matinale à cause d’une nébulosité qui n’apparaît même pas dans une prévision valable pour l’intérieur des terres. L’après-midi est éclatant, la matinée sous-produit discrètement, et l’écart passe inaperçu.
La brise de mer joue dans les deux sens
La météo côtière n’a pas que des inconvénients. La brise thermique qui amène des nuages bas le matin est aussi celle qui balaie l’après-midi les cumulus formés au-dessus des terres, laissant le ciel du littoral plus dégagé que celui de l’intérieur en fin de journée. Et la mer est un thermostat naturel : les installations côtières travaillent plus fraîches, donc subissent moins de pertes thermiques dans les modules, un avantage modeste mais réel un jour de canicule, comme nous l’avons vu en parlant de chaleur et de rendement.
L’intérieur a son propre caractère
Déplacez la même installation vers les terres et l’image s’inverse. Le ciel est en moyenne plus limpide, mais les après-midi d’été apportent le risque de développement convectif et d’orages qui coupent la production pendant une heure ou deux. Les amplitudes thermiques sont plus larges et les après-midi plus chauds, donc les pertes thermiques pèsent davantage : ce que vous gagnez en irradiance brute, vous en rendez une partie à la chaleur et aux orages.
L’hiver, la partie change encore. Dans les vallées alpines, dans le Jura ou en plaine d’Alsace, l’inversion thermique peut maintenir une couche de brouillard ou de stratus pendant des journées entières, tandis qu’à quelques centaines de mètres au-dessus, sur les premiers reliefs, on est au-dessus de la couche et on produit normalement. Deux installations distantes de vingt kilomètres à vol d’oiseau, mais séparées par trois cents mètres de dénivelé, ne vivent pas la même journée.
Ce que cela change pour votre prévision
La leçon, c’est que « ensoleillé » est un mot local. Une prévision qui modélise votre microclimat réel, le brouillard côtier qui revient chaque matin, le stratus de vallée en hiver, le développement convectif de l’après-midi dans les terres, décrira votre journée bien mieux qu’une moyenne régionale qui aplatit tout. Si votre profil de production diffère de celui d’un ami situé à une heure de route, la raison est en général là.
Le photovoltaïque est une affaire locale. Deux toitures, une côte entre les deux, et le ciel écrit deux histoires différentes.