Le photovoltaïque en hiver : combien produit-il vraiment ?

La version courte : en hiver, une installation photovoltaïque ne produit chaque mois qu’une petite fraction de son total annuel, et une journée couverte de décembre peut ne tirer que 0,5 à 1 kWh de 5 kWc. Peu, mais pas zéro. Et c’est précisément pour cette raison qu’en hiver une information compte plus que toutes les autres : quelle sera la journée de soleil.

Le Nord et le Midi, ce sont deux hivers différents

Sur l’année, le productible spécifique va grossièrement de 950 à 1 050 kWh/kWc dans les Hauts-de-France et en Bretagne, à 1 350 ou 1 500 kWh/kWc sur le pourtour méditerranéen et en Corse. En hiver, cet écart se creuse au lieu de se réduire, parce qu’un facteur entre en jeu au nord et n’existe pratiquement pas au sud : les longues séquences de ciel gris et de brouillard, qui peuvent tenir une semaine entière.

Ordre de grandeur mois par mois, par kWc installé, de la valeur typique du Nord à celle du Midi :

  • novembre : 28 à 48 kWh/kWc
  • décembre : 20 à 40 kWh/kWc
  • janvier : 25 à 48 kWh/kWc
  • février : 45 à 75 kWh/kWc

Traduit : une installation de 6 kWc à Lille tourne autour de 120 à 150 kWh sur le mois de décembre, quand la même installation à Nice ou à Perpignan monte souvent au double. Et surtout, les moyennes trompent. La production hivernale est extrêmement « grumeleuse » : dans le Nord, il arrive que 60 à 70 % du total mensuel tombe sur 5 à 7 journées de soleil, tandis que le reste du mois se traîne à quelques dixièmes de kWh. Dans le Midi la distribution est plus régulière, mais le principe ne change pas.

Les chiffres mesurés d’une installation de 5,2 kWc

Ces chiffres proviennent d’une installation réelle de 5,2 kWc située en Europe centrale, vers 52° de latitude nord — soit plus au nord que Lille. Ce ne sont donc pas des valeurs françaises : ils servent à montrer la forme de la courbe hivernale, qui se répète presque à l’identique dans le nord de la France, simplement un cran plus haut. Sur le pourtour méditerranéen, comptez grossièrement une fois et demie à deux fois ces valeurs au cœur de l’hiver.

Mois par mois : environ 79 kWh en novembre, environ 32 kWh en décembre (à peine plus de 1 kWh par jour, le plancher de l’année) et environ 100 kWh en février, une fois la neige fondue autour du 13. Meilleure journée de la période : 12 kWh fin février ; les pires, proches de zéro sous la neige.

Production quotidienne réelle d'une installation de 5,2 kWc en hiver : novembre, décembre et février

Pourquoi l’hiver est si maigre

Trois facteurs à la fois. Les journées sont courtes : le 21 décembre, le soleil reste au-dessus de l’horizon un peu plus de 8 heures à Lille et un peu plus de 9 heures à Nice. Le soleil est bas : la lumière arrive très inclinée sur les modules, et les masques proches comme les masques lointains portent beaucoup plus loin qu’en été — un bâtiment voisin qui ne gêne pas en juin peut couvrir la moitié du champ en janvier. Enfin la météo : des perturbations plus fréquentes et des couches nuageuses plus épaisses.

La neige pèse moins qu’on ne le croit, et en France elle ne concerne vraiment que les Alpes, le Jura, le Massif central et les Pyrénées. Sur des modules inclinés, elle glisse en un jour ou deux, et l’albédo de la neige fraîche aide même légèrement. Le bonus de la saison : le froid améliore le rendement des cellules, si bien qu’une heure de soleil par temps de gel produit davantage que l’intuition ne le suggère.

La stratégie d’hiver : attraper les fenêtres

Quand la production se concentre sur une poignée de journées, tout le jeu consiste à les exploiter à fond : ces jours-là, lave-linge, lave-vaisselle et ballon d’eau chaude au maximum. Les autres jours, ne faites pas semblant qu’il y a du soleil : planifiez les consommations sur le signal tarifaire — heures creuses, couleur du jour en Tempo — et non sur le toit.

Attraper les fenêtres, c’est exactement le travail d’une prévision : la notification « demain dégagé, 12 kWh prévus » vaut beaucoup plus en novembre qu’en juillet, parce que juillet pardonne l’absence de plan et novembre non. Comment se construit une prévision de ce type : prévision de production photovoltaïque →.

Faut-il « faire quelque chose » à l’installation pour l’hiver ?

En général, non. Une inclinaison plus forte aide en théorie, mais elle est rarement réalisable en pratique et encore plus rarement rentable — d’autant que la plupart des toitures françaises sont déjà dans une plage correcte. Le déneigement ne concerne que la montagne : à faire depuis le sol, en sécurité, avec une brosse souple, et seulement si la prévision annonce une série de journées dégagées derrière. Pour une seule journée couverte, cela ne vaut ni le risque pour les modules ni celui pour vos vertèbres.

FAQ

Les panneaux produisent-ils quelque chose sous un ciel couvert ? Oui, grâce au rayonnement diffus : typiquement 5 à 25 % de la puissance nominale selon l’épaisseur des nuages. Une journée couverte mais lumineuse donne quelques kWh ; une journée de pluie sombre, des fractions de kWh.

Déplacer ses consommations a-t-il un sens en hiver ? Seulement les jours où il y a un vrai surplus, et c’est bien pour cela que la décision doit suivre la prévision et non le calendrier. Les jours couverts, c’est la plage tarifaire la moins chère qui l’emporte.

Quelle part de la production annuelle tombe entre novembre et février ? De l’ordre de 9 à 15 % du total, les valeurs basses dans le Nord et les plus hautes en Méditerranée. Cela ne rend pas l’hiver négligeable : cela en fait la saison où chaque journée de soleil doit être utilisée intégralement.